VOTRE DÉPUTÉ DE LA 2ÈME CIRCONSCRIPTION DE L'EURE

Les leçons d'un naufrage : lucidité et courage

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Les leçons d'un naufrage : lucidité et courage

L’affaire Cahuzac est un vrai traumatisme. Elle doit inviter l’ensemble de la classe politique à réfléchir plus profondément à la nature de son engagement, à se rappeler que cet engagement n’a de la valeur que s’il s’inscrit dans une aventure collective, construite, partagée. Ce ne doit pas être une carrière, ni une compétition d’individualité ou d’individualisme. L’engagement, cela doit d’abord avoir un sens. 

Or depuis plusieurs années, quelques cas particuliers nous disent, dans des registres bien différents, que le pouvoir, l’attrait du pouvoir rend fou. Autant de cas, autant de pathologies parfois, de parcours singuliers, sans doute, de fautes individuelles certainement. Mais à chaque fois la sidération des militants, des collègues, des amis, des Français qui se sentent floués et trahis. Comme si le pouvoir montrait tout à coup son vrai visage, brutal, égoïste, bien loin des histoires et contes de fée dans lesquels se bercent encore les idéalistes dont je suis. Ces cas sont trop nombreux maintenant pour que l’on puisse croire simplement à un hasard ou une coïncidence. Ils sont le fruit d’une époque. 

Aux Français, à ceux qui me lisent, j’ai envie de dire que lorsqu’on choisit l’engagement politique comme je l’ai fait au cours des années 80, on choisit (choisissait, faut il parler à l’imparfait ?) des valeurs, un combat, une envie, à l’époque celui de toute une classe d’âge. Nous voulions voir la gauche au pouvoir, construire une espérance, que notre société respire enfin. Certains étaient au PS, d’autres y venaient via le rocardisme et le PSU, d’autres encore via le gauchisme, le syndicalisme. Mais l’engagement était noble, les rencontres fortes. Nous y avons sacrifié beaucoup de notre vie de famille, du temps que nous aurions dû consacrer à nos enfants, parfois une carrière publique ou privée qui aurait pu être plus rémunératrice. Il faut vivre avec des responsables politiques mêmes locaux pour mesurer combien cette activité est anormalement consommatrice de temps, quel que soit le niveau, destructrice de toute vie sociale classique. C’est une passion, une vraie aventure, qui tend à absorber tout sur son passage. On s'y consacre pleinement. Elle permet sans aucun doute de se sentir utile à ses concitoyens. Et nous y gagnons de grandes joies, à leur contact, résolvant certaines de leurs difficultés quotidiennes, portant des réalisations, investissements, aménagements qui transforment un territoire, le renouvellent, le rendent plus beau, engageant le combat contre les conservatismes et oppositions de toute nature si nombreux, si puissants. Avec parfois de belles victoires qui ces soirs là justifient tous les sacrifices. 

Les valeurs qui guident l’action, l’investissement personnel, les réalisations qui jalonnent un parcours d’élu se confondent au final avec sa vie et il est toujours difficile de faire son bilan personnel, à l’aune des idéaux du départ. Mais des affaires comme l’affaire Cahuzac sont un choc pour nous tous parce qu’elles nous montrent que le traître était parmi nous et qu’il détruit par sa présence même le sens de ce que nous avons construit pendant tant d’années.

La vie politique est parfois faîte de faux semblants, de conversations courtoises avec des personnes que l’on croit connaître mais dont on s’aperçoit qu’on ne les connaît pas. Beaucoup d’apparence, de fausse amitié, de cordialité factice, d’artificialité, de renoncements au fond qui préparent les vraies catastrophes. L’affaire Cahuzac nous renvoie à l’exigence chevillée au corps qui doit tenir tout responsable public. Il faudra beaucoup de valeur politique aux Français pour ne pas faire l’amalgame. Les propositions fortes que préparent le Président de la République et le Gouvernement sur la transparence de la vie publique sont aujourd’hui, pour cette seule raison, indispensables.  Nous devons nous montrer intraitables sur leur mise en œuvre.

 Mais au-delà de l’affaire Cahuzac, les Français nous attendent sur le fond, sur le terrain économique et social, de la crise et de l’emploi. C’est cela qui compte. Trop souvent, la gauche s’est avancée masqué,  a refusé de dire vraiment les choses et proposé un discours ambigu qui voulait rassembler à la fois les réformateurs et les protestataires. Résultat : une posture dénonciatrice dans l’opposition, une pratique gestionnaire au pouvoir, un faux semblant qui produit de la déception, à force de ne pas dire les réalités et la vérité, aggravée par les manquements de quelques uns. 

Le mandat de François Hollande, au-delà de l’onde de choc Cahuzac, est confronté à cette contradiction et se doit de l’affronter. Ce que le Président a commencé à faire lors de sa récente émission télévisée en abordant des thèmes difficiles et en montrant le cap d’une approche réformatrice indispensable pour guérir de nos maux nationaux : maîtrise des dépenses publiques, choc de compétitivité et de simplification, sécurisation de l'emploi, réforme des allocations familiales, consolidation du financement des retraites. Beaucoup ont commenté la forme du propos de François Hollande – il n’a pas assez parlé aux français, aux salariés-, peu se sont attachés au fond. Dans un sondage qui a suivi sa récente allocution devant les français, il apparaît pourtant que 53% d’entre eux sont par exemple favorables à l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, malgré les sacrifices que cette réforme implique, pour sauvegarder notre système de répartition. Cela traduit une vraie prise de conscience des réalités du temps présent et des problématiques ouvertes par l’allongement de la durée de la vie, autre conquête de la modernité. Le temps de la pédagogie est enfin arrivé et il y a une chance historique de dépasser les formules toutes faîtes pour réformer notre société dans la difficulté mais aussi dans la justice. 

C’est toute la démonstration que devra faire François Hollande au cours de son mandat. Pour reléguer l’affaire Cahuzac aux oubliettes des accidents politiques sans lendemains. Et démontrer que notre vieux Pays peut être réformé, sortir des slogans faciles pour sauvegarder ce qui fait sa force et son originalité dans le monde très hostile de la compétition sans frontière et de la financiarisation. Cet éclair de lucidité dans la tempête est la seule bonne nouvelle d’une séquence politique mortifère. A François Hollande et à Jean-Marc Ayrault de savoir maintenant garder le cap malgré les coups et de construire les réformes exigeantes dont notre société a besoin. Le chemin est rude mais s’ils réussissent, ils auront su démontrer qu’il y a un espace pour l’engagement politique à gauche, dans la réalité du monde d’aujourd’hui, dans la justice et dans le progrès. C’est le seul sens à donner dorénavant à l’action publique à gauche pour sortir de la crise. Ils auront sur ce chemin tout mon soutien. 

 

L'article sur le Paris Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/article/eure/%C2%AB-les-lecons-dun-naufrage-%C2%BB-tribune-de-jean-louis-destans-depute-ps-de-leure-et-preside

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