VOTRE DÉPUTÉ DE LA 2ÈME CIRCONSCRIPTION DE L'EURE

" L'exemple de M-Real trouve aujourd'hui un prolongement législatif et juridique ! "

0
Jean Louis Destans à la tribune de l'Assemblée nationale

Le texte de mon discours

Mes chers collègues, 

Nous mesurons tous ici le caractère emblématique de ce texte qui symbolise notre engagement et notre détermination pour l'emploi et le redressement industriel de la France. Il s'appuie sur une réalité concrète que je connais bien dans l'Eure avec le sauvetage du site de M'Real.

 M'Real c'était 330 salariés et la machine à papier la plus performante d'Europe. En mai 2011, son actionnaire finlandais annonce la fermeture du site dans un délai de 4 mois si aucun repreneur crédible n'est identifié. Les négociations engagées par le Gouvernement de l'époque et Bruno Le Maire se soldent par un échec et le 2 avril 2012, 300 salariés sont licenciés. Voilà la réalité brutale dont nous parlons, qui en quelques mois fragilise un territoire et plonge des centaines de salariés dans la précarité. Le plus révoltant, le plus insupportable était que les salariés avaient eux-mêmes démontré que le déficit annuel de 10 M€ affiché par la direction ne correspondait pas à une réalité économique mais à l'existence de plusieurs mécanismes de remontées d'argent vers la maison mère. Leur outil de production était – nous en avions la conviction- économiquement viable et rentable.

 Le 15 février 2012, pendant la campagne présidentielle, François Hollande rencontre les salariés d'M'Real. Il s'engage, s'il est élu, à ce que la reprise de sites rentables fasse l'objet d'une initiative législative destinée à contraindre les vendeurs à la négociation. C'est l'objet de notre discussion aujourd'hui.

 Cependant, à Alizay, dès le mois de juin 2012, nous décidons - collectivités territoriales, syndicats, gouvernement - de rouvrir les négociations avec les dirigeants finlandais. Nous disposions en effet d'un important travail d'expertise des comptes de l'entreprise réalisé par l'intersyndicale. Nous avions un repreneur, le thaïlandais Double A dont M'Real ne voulait pas car il intervenait dans son champ concurrentiel, mais dont la fiabilité industrielle était avérée. 

 Notre idée fut finalement de dissocier les négociations entre le vendeur initial et l'acheteur final. De maintenir ensuite le plus grand secret sur le contenu de nos échanges tout en assurant une information en temps réel de l'intersyndicale, qui s'est elle aussi astreinte à la plus grande discrétion. Et de placer enfin le Conseil général au cœur des négociations en se déclarant acheteur intermédiaire du site avant d'assurer la revente des actifs liés à la production de papier au repreneur thaïlandais.

 La force de notre négociation n'a valu qu'à travers ce montage qui nous a permis d'occuper une place centrale tout au long du processus, position inconfortable car fortement soumise à la pression, mais qui permet d'actionner les leviers susceptibles de dépasser les points de blocages ou d'en créer lorsque cela s'avère nécessaire. Avec le concours de l'Etat, et en l'absence de toute disposition législative sur laquelle nous appuyer, nous avons notamment menacé de renchérir sérieusement les coûts de dépollution et de remise en état du site, d'allonger les procédures, autant de contraintes supplémentaires que nous étions déterminés à appliquer aux propriétaires s'ils refusaient toujours de vendre.

 Quand il le fallait, j'ai pu m'appuyer d'ailleurs sur le soutien sans faille du Gouvernement et en particulier de son Ministre au redressement productif, Arnaud Montebourg, que je veux saluer.

 Ces négociations ont finalement abouti. Le 23 janvier 2013, le Département de l'Eure rachète l'ensemble du site d'Alizay en procédant, le même jour, à la revente des actifs liés à la production de papier au Thaïlandais Double A. Aujourd'hui, la production est relancée et devrait atteindre 100 000 tonnes d'ici la fin de l'année. Près de 160 salariés sont en poste dont 80% d'ex-M'Real. Ce chiffre devrait assez rapidement atteindre les 200. La reprise industrielle est une réussite.

 Chers collègues, j'ai la conviction profonde qu'il y a des enseignements à tirer de cette expérience à défaut de pouvoir y voir un modèle qui serait transposable à l'identique. Ce qui a été fait à Alizay peut trouver aujourd'hui un prolongement législatif et juridique. Oui, la force de conviction, lorsqu'elle est partagée, lorsqu'elle est politique et syndicale, peut permettre de surmonter des logiques industrielles qui peuvent parfois être destructrices d'emplois. Quand certains invoquent le fatalisme du marché pour mieux s'y résigner, ou trouvent dans la main invisible d'Adam Smith le prétexte à l'immobilisme, nous considérons au contraire qu'il est de notre responsabilité politique d'agir et d'intervenir. Et si nous ne pouvons raisonnablement pas nous fixer une obligation de résultat en la matière, nous avons au moins une obligation de moyens à l'image de cette proposition de loi pour contribuer à faire émerger d'autres perspectives industrielles, d'autres projets, en s'appuyant notamment sur ceux dont l'industrie est le métier : les salariés.

 

Commentaires

Laisser votre message

Votre email :
*
Votre nom :
*
Votre message :
*