VOTRE DÉPUTÉ DE LA 2ÈME CIRCONSCRIPTION DE L'EURE

« Il faut repenser un urbanisme du vivre ensemble »

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Colloque sur l'Urbanisme - Jean Louis Destans et Martin Hirsch

« Nous avons une reconquête à opérer sur le sens à donner au fait d'«habiter ensemble »...

 

" Martin Hirsch et Jean Louis Destans partagent l'idée qu'il faut réinventer le "vivre ensemble" à la lumière des problèmes structurels auxquels est confrontée notre société : accroissement de la demande de logements, surconsommation des espaces ruraux, insertion problématique de populations urbaines dans les zones rurales, coût de la construction, Etat désargenté... C'était le thème de la conférence organisée par le Centre de gestion départemental à Conches-en-Ouche le 19 novembre, en partenariat avec le CNFPT et le CAUE.

Jean Louis Destans estime que le département de l'Eure est confronté à plusieurs défis qui justifient le projet d'expérimentation sur le logement et l'urbanisme qu'il va proposer avec Alfred Recours au gouvernement : une démographie très dynamique qui se traduit par un accroissement de population important (+70 000 habitants en 10 ans), un émiettement de population dans 675 communes dont 40% ne disposent pas encore de document d'urbanisme, un étalement grand consommateur d'espaces ruraux, une demande de services publics de la part de populations nouvelles dans les zones périphériques et habituées à des standards urbains.

"Toutes ces difficultés conjuguées alimentent un mécontentement, un mal-être, voire une colère qui expliquent le vote Front national élevé dans les zones péri-urbaines et rurales alors même qu'elles ne connaissent pas de problème particulier de sécurité ou d'emploi", observe Jean Louis Destans qui estime, dès lors, qu'il faut "poser les problèmes induits par ces nouvelles populations, notamment en termes d'urbanisme".

L'expérimentation d'un exercice complet de la compétence logement par le Département permettrait ainsi, selon le président Destans, de mettre les questions de mixité sociale, d'implantation et d'équipement des constructions nouvelles au cœur d'une réflexion partagée à l'échelle du département : "En termes de programmation urbanistique, nous devons être plus cohérents et homogènes, et définir collectivement des règles d'organisation de nos territoires, qu'il s'agisse du scolaire, du haut débit ou des services à la personne. Cette réflexion doit transcender la taille des communes et des intercommunalités, mais également les clivages politiques."

"Posons-nous la question de la voiture partagée..."

Martin Hirsch, pour sa part, constate que la dynamique démographique française est "notre atout le mieux dilapidé. Nous n'avons pas su faire suivre la qualité du logement. L'un des paradoxes français est qu'on fait plein d'enfants mais qu'on ne sait pas quoi en faire ! La France a des potentialités inexploitées qui se retrouvent dans la difficulté du savoir vivre ensemble, du travailler ensemble."

Se fondant sur l'analyse de la structure du coût des logements et du coût réel pour le citoyen de la voiture, Martin Hirsch affirme que "les Français supportent des coûts qui mettent leur vie sous des contraintes incompatibles". Pire, ces contraintes ne disparaîtront pas avec la fin (hypothétique) de la crise actuelle. "Les élus, prône-t-il, doivent avoir des approches intégrées reposant sur des modèles économiques et sociaux différents qui apportent des réponses originales et mutualisées sur les questions de vieillissement, de garde d'enfant, d'éloignement du lieu de travail, etc. Par exemple, au lieu de construire des parkings qui supposent que chacun possède sa voiture et qui entraînent un surcoût des constructions, posons-nous la question de la voiture partagée..."

Mais Martin Hirsch ne se limite pas aux conditions de vie matérielles. Il considère avec autant d'attention le projet collectif des habitants sur leur lieu de vie. "Nous avons une reconquête à opérer sur le sens à donner au fait d'habiter ensemble. Sommes-nous oui ou non connectés à un projet collectif ? Je sais par expérience que cette même population qu'on sait réfugiée dans ses peurs possède un désir enfoui d'aventure collective qu'il faut simplement réveiller et dont il faut encourager le développement."

L'engagement laïc, voie d'avenir ?

Les solutions sont si peu matérielles, selon Martin Hirsch, qu'une partie de la solution réside dans ce qu'il connaît bien pour l'avoir pratiqué avec Emmaüs, "l'engagement laïc". Pour lui, Les leviers budgétaires traditionnels ne seront pas dynamiques dans les prochaines années. Il faut susciter une forme d'engagement avec les jeunes, «ressource» peu chère et toujours prête à donner du temps pour une cause. Cette notion d'engagement laïc est d'ores et déjà devenue un sujet de politique publique dans de nombreux pays. Il s'agit de redonner aux citoyens des prétextes à vivre ensemble et à faire revivre des espaces."

Jean Louis Destans confirme ce changement de paradigme, notamment dans le logement, et recentre la réflexion sur le territoire eurois : "Le modèle de logement social ne fonctionne plus. On ne sait plus équilibrer un programme. Il faut donc mettre ces problématiques à plat et essayer de faire prendre conscience de ce bouleversement à l'ensemble des acteurs. Nous devons construire des réponses par la mobilisation des acteurs et mettre des moyens pour enclencher un processus gagnant-gagnant pour tous."

Et il rejoint ainsi Martin Hirsch sur le potentiel inexploité des citoyens : "Nous pouvons vaincre l'individualisme de notre société. Les gens sont peut-être égoïstes mais ils sont prêts à se mobiliser sur des causes importantes."

 

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